SOUVENIRS
Quand
nous étions des enfants
Nous avons souvent joué avec des pierres
Et faisions des compétitions
Qui peut mieux jeter les pierres?
Qui peut déchirer le passeport?
Qui sera le plus fort?
Qui n'a peur de rien?
Qui ne craint pas la pluie?
Qui ne frissonne pas tout seul
dans la nuit?
Qui a décidé de rester et vivre sur cette terre
Celle qui est la mère
Pour aujourd'hui et pour toujours
Elle restera la plus chère
Même si quelques uns l'oublient
Elle restera dans les profondeurs de chaque coeur
La
Terre,
Le
plus beau mot jamais dit
La plus belle musique jamais jouée
La plus merveilleuse chanson
Jamais chantée
Le plus radieux matin
Le plus enivrant jardin
Même s'il a perdu toutes ses fleurs
Sa beauté est indescriptible
Son amour est l'impossible
Quand nous étions des enfants
Quand nous sommes devenus adultes
C'est avec les mêmes pierres
Que nous continuons à jouer
Le but n'est plus le même
Le temps n'est plus le même
Mais la terre reste elle-même
Même si le parfum de ses fleurs
N'est plus le même
Nous
n'avions jamais aimé
Ni les armes ni la violence
Mais nous jouons la symphonie des pierres
Notre musique est pleine de danger
Nos notes sont des pierres
Alors attention,
attention à la révolution des pierres!
La
pierre n'était jamais si forte
si fière par la main qui la porte
Par la main qui la jette
si heureuse en touchant la terre
ou en frappant le corps d'un occupant qui l'interdise de jouer
sa musique
la musique de la révolution des pierres
Tu es devenue une légende, ô pierre
Et ces mains qui t'ont choisie
Pour défendre leur liberté te méritent
O
Palestine,
Je te jette une pierre
Pour qu'elle engendre d'autres pierres
Qui exploseront comme un volcan
Détruisant l'horreur des menteurs
Et des assassins
Et je continuerai à jouer ma symphonie
Jusqu'au lever d'un nouveau soleil
Sur ma terre fertile...
- AbdelFattah Abu Srour - 1988